L’avenir politique de Benjamin Netanyahu se joue sur le champ de bataille du conflit avec l’Iran. Alors que des élections législatives sont impérativement prévues d’ici le 27 octobre, le Premier ministre israélien se trouve à un tournant décisif. Les analystes estiment que cette guerre offre une opportunité de redresser une image sévèrement endommagée par les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 contre Israël, mais préviennent que les retombées politiques sont précaires et dépendent de la durée et de l’issue du conflit.
Âgé de 76 ans, Benjamin Netanyahu est le Premier ministre ayant exercé le plus longtemps cette fonction en Israël, avec plus de 18 années cumulées au pouvoir. Sa popularité a cependant été érodée par la guerre à Gaza, ses détracteurs l’accusant d’avoir esquivé ses responsabilités dans les échecs sécuritaires. Gouvernant actuellement sans majorité parlementaire et étant jugé dans une affaire de corruption, sa résilience politique est une nouvelle fois mise à l’épreuve.
**Le calcul électoral et la stratégie de la « victoire totale »**
Les élections doivent se tenir avant le 27 octobre, mais les experts prédisent que Netanyahu convoquera un scrutin anticipé. « Il n’attendra pas octobre à cause de la commémoration de l’anniversaire du 7 octobre », a déclaré Emmanuel Navon, analyste politique à l’Université de Tel-Aviv. Les derniers sondages d’opinion indiquent que le parti Likoud, dirigé par Netanyahu, arriverait en tête si un vote avait lieu aujourd’hui, bien qu’il continuerait de peiner à former une coalition majoritaire avec ses alliés actuels.
L’offensive contre l’Iran est au cœur de la stratégie de Netanyahu. « Cette offensive renforce indéniablement l’image que Netanyahu cherche à cultiver, celle associée à son slogan de “victoire totale” », a expliqué au sein de l’AFP l’analyste géopolitique indépendant Michael Horowitz. Le Premier ministre a présenté ces frappes comme l’aboutissement d’une aspiration de 40 ans à frapper de manière décisive le « régime terroriste », en créditant les relations étroites avec Washington.
**Écueils potentiels et sentiment public**
Cependant, le récit de la victoire est contesté. Raviv Druker, un journaliste de premier plan, a affirmé que Netanyahu « essaiera de convaincre les gens que la victoire est totale même si c’est une illusion », notant que « le Hamas dirige toujours Gaza, et l’Iran reste l’Iran ». Certains analystes ont même suggéré que le calendrier des hostilités pourrait être lié à des échéances politiques intérieures, comme éviter un effondrement du gouvernement sur une impasse budgétaire.
La durée de la guerre représente un risque significatif. « La tolérance du public pour une longue guerre avec de lourdes pertes, combinée à un coût de la vie élevé, reste extrêmement faible », a averti Michael Horowitz. Si la résilience militaire israélienne est largement saluée, cette popularité ne se transfère pas nécessairement au Premier ministre. « La popularité de l’armée augmente, pas nécessairement celle de Netanyahu », a-t-il noté.
**Un héritage en suspens**
L’avenir de Netanyahu repose désormais sur un conflit volatile. Un succès perçu comme rapide contre l’Iran pourrait lui offrir une puissante victoire politique, renforçant sa campagne. À l’inverse, une guerre prolongée avec des pertes croissantes pourrait anéantir ses perspectives électorales. Alors qu’Israël traverse sa confrontation régionale la plus grave depuis des décennies, la carrière politique de quatre décennies du Premier ministre attend son verdict le plus définitif.
